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Du FC Metz et de la Premier League à directeur sportif de Blackburn, l’impressionnante montée en puissance du Français Rudy Gestede

Cet été, le marché des directeurs sportifs est en ébullition en France comme à l’étranger. En poste à Blackburn depuis plus de deux ans, Rudy Gestede n’échappe pas aux sollicitations. Selon nos informations, deux clubs de l’élite française sont intéressés par ses services et ses talents développés de l’autre côté de La Manche. Pour Foot Mercato, le Français de 37 ans évoque son avenir, tout en revenant sur son parcours atypique et son travail au quotidien au sein d’un club de Championship. Entretien avec un dirigeant jeune, dynamique et passionné qui monte…

Par Dahbia Hattabi
14 min.
Rudy Gestede @Maxppp

Foot Mercato : pouvez-vous nous raconter votre parcours de footballeur en quelques mots ?

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Rudy Gestede : j’ai commencé le football au sein du centre de formation du FC Metz. J’y suis entré à 12 ans et je suis parti à l’âge de 22 ans. Donc j’y ai fait mes premiers matches chez les professionnels et mes premiers matches en Ligue 1 à 19 ans. Ensuite, j’ai eu pas mal de pépins physiques et sur ma dernière année de contrat, je n’ai pas prolongé d’un commun accord. Je n’avais pas joué depuis six mois comme j’étais blessé. Puis, j’ai passé un essai à Cardiff, où ça s’est très bien passé. J’ai signé un contrat de deux ans et demi. Avec le club, nous avons perdu la finale de la Cup la première saison. La suivante, nous sommes montés en Premier League. Lors de ma troisième saison, en Premier League, j’ai commencé à avoir un peu moins de temps de jeu donc je suis parti en novembre à Blackburn en Championship. Et là, ça s’est très bien passé pour moi. C’était la meilleure période de ma carrière en termes de statistiques. J’y suis resté un an et demi avant de signer à Aston Villa en Premier League. On a été relégués en deuxième division. Je suis resté six mois à Aston Villa en Championship avant de signer Middlesbrough en élite. Mais là aussi on a été relégués en fin de saison. Donc je suis retourné en Championship. Après cela, je suis allé jouer en Australie durant une saison, puis quelques mois en Grèce avant de terminer en Iran. J’ai un peu voyagé sur la fin de ma carrière.

FM : comment avez-vous basculé de joueur à dirigeant ?

R.G. : en 2022, à la fin de ma carrière, je décide de faire un break de dix-huit mois durant lequel je me suis installé à Marrakech avec ma famille. Pour être très honnête, au bout de quelques mois, je m’ennuyais. J’ai repris une formation de CEO Sport Organisation avec un organisme à Manchester, qui s’appelle VSI. Je devais venir une fois par mois afin d’assister à des cours. Il y avait beaucoup plus de pratique que de théorie. On avait des intervenants qui passaient, qu’ils évoluent dans le milieu du football ou dans n’importe quel autre sport. Ils occupaient différents postes de direction dans différentes industries. Quand je suis revenu en Angleterre, j’ai recommencé à reconnecter avec mes contacts anglais, notamment à Blackburn où j’avais gardé des liens assez forts. Je suis repassé au club et au bout de six mois, en discutant avec le board, j’ai demandé à vivre une expérience de travail au club durant six mois. J’ai pu découvrir et travailler dans les différents départements de Blackburn. J’ai été pendant un mois avec le département chargé du recrutement, un mois avec l’académie, un mois avec la partie administration, etc… En fin de saison, les résultats étaient très moyens et le club a décidé de se séparer du directeur du football. Blackburn m’a approché et m’a demandé si ça m’intéressait de rejoindre le club. Donc j’ai accepté et j’ai rejoint Blackburn en tant que Head of Football Operation, ça correspond en France au poste de directeur sportif. Un poste que j’occupe depuis maintenant un peu plus de deux ans.

FM : vous attendiez-vous à passer aussi vite de l’autre côté après l’arrêt de votre carrière ?

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R.G. : je savais que je ne voulais pas être coach. Après, est-ce que j’allais rester dans le football ou faire autre chose ? Ça, je n’en avais pas la certitude. Les opportunités arrivent et moi, je les saisis. On verra où cela me mène. Pour l’instant, c’est un projet intéressant. On a envie de monter en Premier League. C’est un job enrichissant car on touche un peu à tout. Il y a du business, de la négociation, du management, de l’organisation, de la stratégie. C’est quelque chose qui me plaît. Chaque journée est un peu différente. Ce qui me convient. J’ai un peu de mal avec la routine. Ça me permet de rester éveillé et en alerte.

FM : j’allais justement vous demander de nous raconter une journée type quand on est directeur sportif d’un club professionnel, même si finalement ce n’est jamais la même…

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R.G. : pour vous donner un ordre d’idée, je viens le lundi pour faire un débriefing avec le coach et le staff afin de savoir comment vont les joueurs, s’il n’y a pas de blessés. Ensuite, il y a un débriefing avec différents staffs des différents départements du club. Je vois où ils en sont et comment ils préparent leur semaine, comment s’est passé le week-end. J’ai aussi une vue sur l’académie. Donc j’organise la semaine. J’ai aussi une relation étroite avec le coach. La relation entre le directeur sportif et l’entraîneur est très importante pour qu’on puisse créer un bon environnement de travail et de performance dans le centre d’entraînement. Donc je dois prendre les informations auprès du staff et organiser la semaine pour préparer au mieux le week-end suivant. En parallèle, il faut préparer le recrutement tout au long de l’année pour les différents mercatos. Les journées sont longues dans le timing mais elles peuvent être assez différentes dans le contenu parce qu’il faut toujours s’adapter. Il peut y avoir une blessure ou autre chose. En ce moment, on prépare le camp de pré-saison et on fait aussi des entretiens avec des coachs comme on n’a plus d’entraîneur. Il faut aussi travailler sur le mercato, mais on ne peut pas trop en même temps tant que le nouveau coach n’est pas là. Il faut pouvoir tirer les différentes cordes pour maintenir le staff en alerte au quotidien. Il faut toujours rester dans cette optique de performance.

Une mission taillée sur mesure

FM : il y a aussi tout un travail invisible auprès des joueurs ou du staff, dont on ne parle pas forcément.

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R.G. : le directeur sportif est un peu la glue entre les différents départements du club. Quand les joueurs sont assez mécontents et qu’ils n’arrivent pas à l’exprimer auprès du coach, c’est toi qui dois prendre un peu la température et faire le lien avec le coach. Quand le coach a un problème avec un joueur et qu’il a du mal à faire passer le message, je fais passer le message. J’essaye de garder une transparence dans ce que je fais pour éviter que les joueurs pensent qu’ils peuvent parler avec moi et que ça va avoir un impact sur le coach alors qu’en fait, il faut arriver quand même à mettre en avant le coach car c’est lui qui prend les décisions liées au football.

FM : est-ce qu’il vous arrive d’échanger avec l’entraîneur sur le jeu, la tactique, le terrain ?

R.G. : oui, il y a des échanges car il faut le challenger. Il faut challenger ses décisions tout en les respectant. Il faut être capable de lui demander. Ça peut aussi être salutaire de se remettre en question. Les coaches ont parfois des œillères car ils ont la pression des fans, des joueurs mais aussi de l’extérieur. Je me vois un peu plus comme un support pour lui enlever cette pression-là des épaules et la prendre sur les miennes. En communiquant avec lui, je vais lui expliquer qu’il est là pour faire ses choix pour l’équipe, qu’il ne sera pas jugé sur la victoire de samedi et qu’on a un plan à plus long-terme. Forcément, il doit comprendre qu’il va quand même être un peu jugé sur les résultats du week-end, mais il ne doit pas trop se mettre de pression par rapport à ça.

FM : en France, on voit souvent des directeurs sportifs prendre la parole face à la presse, souvent quand il y a des moments plus compliqués ou des messages à faire passer. En Angleterre, c’est quelque chose que l’on voit moins. Est-ce une mission qui fait partie de votre rôle ?

R.G. : le rôle de directeur sportif est un peu différent en Angleterre, où le coach reste la personne principale dans la communication avec la presse. J’aimerais que ça change parce que je trouve que le modèle français ou plus européen, allemand, espagnol, italien, est plus adapté. On enlève quelque part cette pression au coach. Mais en Angleterre, culturellement, il y a le manager à la Alex Ferguson qui prend toutes les décisions et qui s’occupe de tout. Les mentalités sont en train de changer petit à petit. La plupart des clubs ont un directeur sportif, mais ce rôle n’est pas encore assumé par tous. Je trouve que ce qu’il se passe en France est plus adapté et c’est comme ça qu’on devrait procéder en Angleterre.

FM : le mercato d’été va bientôt débuter et on imagine que vous devez déjà être sur le pont. Comment travaillez-vous durant cette période ?

R.G. : quand on a un coach déjà en place ou un nouveau coach qui arrive, on se réunit avec lui et on lui demande quelles sont ses attentes sur les différents postes et les profils qu’il recherche. Donc il va nous dire s’il souhaite des profils physiques, techniques. Il nous dit vraiment ce qu’il recherche à chaque poste. Nous, on les met dans nos datas. Quand on recherche un coach, on sait qu’il va s’adapter au plan qu’on a pour le club. Donc, il va jouer d’une certaine manière. Sa formation ou ses principes de jeu sont ce qu’on privilégie. Donc cela simplifie les choses pour chercher un profil de recrutement. Si tu changes de profil de coach ou de principe de jeu, tu te mets une balle dans le pied. Donc on recrute un coach qui va aller avec notre stratégie de club. Une fois qu’on a le coach, on s’assoit et on entre un peu plus dans les détails des recherches par poste. C’est un process qui ne s’arrête pas. On ne se prépare pas pour un mercato. Les équipes travaillent sur le recrutement toute l’année par rapport aux attentes qu’on peut avoir sur les 18 ou 24 prochains mois, mais aussi vis-à-vis des durées de contrats de nos joueurs. Une fois que ce process est passé, on fait une liste de joueurs sur les différents postes et par rapport au budget que l’on a, on propose au coach l’option A, l’option B et l’option C. Généralement, quand vous avez une bonne compréhension de ce qu’attend le coach, vous savez que si vous venez avec un type de joueur, il va aimer. Ça va assez vite. Le joueur est disponible ? Est-ce qu’il plaît ? Oui ou non. Il y a un débat. Nous on pense qu’il peut amener ci ou ça et que ça peut être développé. Tout dépend du profil, si c’est un jeune ou un joueur plus aguerri. On peut dire celui-ci sera prêt tout de suite ou alors dans 6 mois selon le profil. Il y a des discussions. En tout cas, je ne signe jamais un joueur si le coach n’est pas d’accord. Même quand on fait des entretiens vidéo avec un joueur, le coach est toujours présent. Avant ça, j’en fais un seul avec le joueur pour lui expliquer un peu la vie du club. Ensuite, on fait un entretien avec l’entraîneur qui lui parle de ses attentes techniques et tactiques. Si tous les voyants sont au vert, on signe.

FM : combien de scouts travaillent à Blackburn ?

R.G. : pour l’équipe première, on a un chef scout. On a aussi deux vidéo-analystes et un data scout.

Un profil atypique qui plaît

FM : vous devez respecter les demandes du coach, mais également le budget. Quel est celui d’un club comme Blackburn ? Est-ce qu’on est dans la réalité quand on dit que les clubs anglais, même en D2, peuvent presque tout se permettre sur le mercato puisqu’ils ont des enveloppes très importantes pour recruter ?

R.G. : c’est une image qu’on doit combattre. Il y a des clubs fortunés. En Championship, le top 10-12 ont des beaux budgets dignes de clubs de Ligue 1. Nous, je pense qu’on a un budget qui correspond plutôt à des clubs de deuxième partie de tableau de Ligue 1, voire un gros budget de Ligue 2. Mais dans la tête des gens, comme c’est l’Angleterre, on se dit qu’on va gagner sa vie beaucoup plus qu’en France. Ce qui n’est pas forcément le cas. Tout dépend du poste, des joueurs, du budget. L’année dernière, on a dépensé autour de 10 M€ en transfert et on a une masse salariale qui est autour des 20 M€.

FM : dans quels championnats recrutez-vous ? Principalement en Angleterre ou d’autres marchés européens ou internationaux ?

R.G. : on suit le marché français, que je connais très bien. Déjà, parce que j’ai une attache avec la France, étant Français. On suit la Ligue 1 et la Ligue 2. En ce qui concerne le recrutement, à Blackburn, on suit principalement 15 marchés, majoritairement en Europe. On suit aussi des joueurs au Japon, aux Etats-Unis. Ce sont des marchés porteurs pour nous car ce sont des joueurs qui physiquement sont prêts et qu’on peut supporter financièrement. Je connais la plupart des marchés européens, notamment la France, la Belgique, les Pays-Bas, la Scandinavie, les trois divisions principales en Angleterre.

FM : y a-t-il des coups dont vous êtes fier ?

R.G. : quand on fait venir des joueurs dans un club, c’est un peu comme nos enfants. On les a choisis. On les a observés, on a discuté avec eux, on les a recrutés. Avec certains, ça fonctionne tout de suite. Avec d’autres, ça ne fonctionne pas immédiatement et ou pas du tout. Si sur cinq signatures, vous en avez trois qui marchent et deux qui ne marchent pas, c’est plutôt un bon ratio. J’essaye de ne pas avoir plus d’affection pour l’un ou pour l’autre. Mais la saison passée, on a fait signer un arrière-droit qui était passé par l’academy d’Arsenal et qui avait signé à Courtrai en Belgique. Les six premiers mois n’avaient pas trop fonctionné, puis il a fait six mois à Saint-Mirren en Ecosse. On l’a signé alors que pour certains c’était une découverte. Mais on a fait notre travail de scouting. Cette saison, c’est l’un des meilleurs latéraux droit de Championship. On a déjà des demandes en Premier League et en Serie A. Donc on est assez satisfaits. On se dit qu’on a fait un bon travail de scouting. On a réussi à trouver un environnement dans lequel il s’est épanoui. On peut signer le meilleur joueur, mais si l’environnement ne permet pas aux joueurs de s’épanouir, ça ne va pas fonctionner. Quand on fait du recrutement, la personnalité du joueur a presque autant d’importance que les capacités physiques ou techniques. Il y a un joueur dont on pensait qu’il serait une super réussite. Pour l’instant, ça n’a pas tellement fonctionné. On doit prendre tout ça en compte pour qu’il y ait un succès sur le terrain.

FM : quand vous recrutez un joueur, pensez-vous aussi à l’aspect revente et plus-value ?

R.G. : même chez les gros clubs, il y a toujours une partie où l’on pense à la plus-value sur le recrutement. Nous, on signe en majorité des joueurs entre 20 et 25 ans qu’on pourrait revendre au bout de deux ou trois ans. On peut aussi signer des joueurs qui vont nous amener un impact direct, de la stabilité, de la qualité, où on sait qu’il n’y a pas cet aspect de revente derrière. Il faut trouver le juste milieu quand on met en place un plan pour la formation de l’équipe.

FM : finalement, vos recrutements sont aussi votre meilleure carte de visite alors que le marché des directeurs sportifs s’anime. Selon nos informations, deux clubs de Ligue 1 ont notamment un œil sur vous. Avez-vous des touches ici ou ailleurs ?

R.G. : ça bouge pas mal en France et en Angleterre (sur le marché des directeurs sportifs, ndlr). J’ai eu des contacts, notamment avec des clubs français en Ligue 1. Mais pour le moment, il n’y a rien de concret. En tout cas, ce sont de beaux projets. Ça peut être intéressant. Cela dépend du projet du club, mais aussi du projet de vie, car j’ai une femme et trois enfants. Mais si je sens que je peux faire avancer le projet du club, que ça peut être une belle réussite, oui ça m’intéresse.

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